Citations en Histoire du droit
Les hommes sont par essence isolés, des individus, des êtres asociaux. Ce ne sont que des circonstances extérieures (la guerre de tous contre tous) qui les ont forcés à s’unir et à faire un contrat social. L’individu est naturel, la société est contractuelle. Les hommes possèdent donc des droits en dehors de la société en tant qu’individu (sécurité, propriété et liberté). En revanche, le droit naturel à se défendre est transféré totalement à un corps unique. L’État moderne se fonde sur la souveraineté du monarque absolu, qui garantit la protection des vies et fixe les règles pour tout le monde afin de protéger l’individu contre la puissance au service des appétits d’autrui. Seule la peur de la mort peut conduire des hommes à s’en remettre au souverain.
T. Hobbes, Le Léviathan, 1651
"Au commencement était la peur." Hobbes, Montesquieu, Tocqueville et Arendt sont des théoriciens de la peur et ont contribué à la dépolitiser. La peur est en effet utilisée dans le système libéral, c’est un instrument d’exercice du pouvoir qui alloue des ressources au pouvoir, oriente les relations de pouvoir dans la société. Il existe deux formes de peur politique : la désignation d’une menace extérieure pour renforcer la cohésion identitaire et la peur intrinsèque à tout mode de hiérarchie au sein du peuple comme garantie de la perpétuation.
C. Robin, La peur. Histoire d’une idée politique, 2004
En 1848, le régime instauré n’a pas duré longtemps car la crainte s’exprimant à l’encontre de la démocratie s’est avérée assez exact : si on donnait le suffrage universel au peuple, on ne serait pas sûr du résultat. L’opinion exprimée par la voie du plébiscite n’a pas montré une diversité suffisante pour faire barrage à l’avènement du Second empire. « Avec votre projet, vos principes d’un gouvernement représentatif vous n’avez rien représenté du tout ». L’appel au peuple doit passer par une prise de conscience des intérêts de la classe ouvrière.
K. Marx, Le 18 brumaire de L. Bonaparte, 1851
"Réaction naturelle et universelle, la peur inhibe pour commencer, mais elle déclenche aussi l’action." Après avoir paralysé, elle se découvre motrice. Mais encore faut-il qu’elle mobilise de façon rationnelle et maitrisée, car sinon elle peut réveiller les fondamentalismes.
F. Cassingena - Trévedy, Chroniques du temps de peste, 2021
L’individualisme peut entraîner un désintérêt, un danger pour la chose publique et l’émergence d’un despote désigné par les individus sur la base d’un programme de protection de leur confort matériel.
Le premier effet d’une société démocratique est de transformer les hommes, toutes les couches de la société, tous les courants de la vie d’un individu en supprimant les rapports d’inégalité : chacun ne doit rien à personne et ne compte que sur lui-même, c’est l’individualisme.
Le deuxième effet est le développement d’une passion pour l’égalité : le désir d’égalité devient plus insatiable à mesure que l’égalité est plus grande. La lutte contre les inégalités se poursuit et entraîne le progrès continu de l’égalité.
Le troisième effet est une frustration relative : plus il y a d’espoir d’accès à l’égalité, plus le retard dans l’égalisation de la condition apparaît frustrant et des individus sont aptes à la révolte.
A. de Tocqueville, De la démocratie en Amérique, 1835
"Savoir être renard et lion à la fois". Le Prince, pour se conserver, doit apprendre à pouvoir n’être pas bon et d’en user ou n’user pas selon la nécessité. La science politique est ainsi la science des rapports de force.
N. Machiavel, Le Prince, 1513
Sartre : "Les hommes font leur histoire sur la base de conditions antérieures … mais ce sont eux qui la font et non les conditions antérieures".
P.Favre, Comprendre le monde pour le changer. Épistémologie du politique, 2005
"Allez dire à votre maître que nous sommes ici par la volonté du peuple et qu’on ne nous en arrachera que par la puissance des baïonnettes."
Mirabeau au marquis de Dreux-Brézé, salle du Jeu de paume, 23 juin 1789
Une planification de l’Histoire et du progrès est possible, et même nécessaire. Il serait donc possible de se fixer des objectifs, des souhaits pour le futur. Pour s’assurer que le progrès soit source d’avancées et d’améliorations, il faut déterminer ce que nous attendons du progrès, quelle trajectoire notre société souhaite prendre. La planification permet aussi d’éviter une crise future (tension entre attente et expérience réellement vécue).
R. Koselleck, Le futur passé, 1990
Une distinction est faite entre le corps physique du roi et le corps intemporel de la royauté. Le roi en tant que personne mortelle va exercer le pouvoir pendant le temps de sa vie, mais une fois sa mort survenue, la continuité du pouvoir royal ne s’interrompt pas. "Le roi est mort, vive le roi."
E. Kantorowicz, Les deux corps du roi, 1957
Le progrès n’a comme perspective qu’une catastrophe interminable. Les anticipations futures ont des effets pathologiques : l’idée de progrès entraîne les individus à considérer qu’il faut bouleverser nos modes de vie perpétuellement. Si le progrès est à l’origine de catastrophes, ce n’est pas parce qu’il pourrait mener à des catastrophes naturelles ou sanitaires, mais bien parce que le progrès entraîne un perpétuel bouleversement du cours des choses.
W. Benjamin, Sur le concept d’histoire, 1940
Une chose ne peut être connue que si elle est pratiquée, observable. C’est grâce à l’apprentissage de l’histoire et à l’observation des peuples qu’on peut savoir.
L’histoire de l’humanité peut se diviser en trois périodes, droits, formes de gouvernement :
- L’époque des dieux où l’homme primitif est dominé par les croyances et passions. Le droit naturel divin désigne le fait que tout ce qui existait est d’origine divine. Le gouvernement est théocratique : le gouvernement de dieu pour dieu, dominé par une société patriarcale.
- L’époque des héros où l’homme se met à égalité avec dieu. Le droit naturel héroïque est basé sur la loi du plus fort. Le gouvernement est aristocratique, dominé par les forts.
- L’époque des hommes est celle où ils acquièrent la raison. Le droit naturel humain prône l’égalité de nature. Le gouvernement prend la forme d’une république ou d’une monarchie tempérée.
Ces trois époques vont et viennent dans l’histoire de l’humanité. Il s’agit d’une conception cyclique.
J. B. Vico, La science nouvelle, 1725